Aller au contenu
Premiers gestes

Le jeu d'éveil expliqué, de la naissance à 6 ans

Sécurité et entretien

Le trotteur : pourquoi il est déconseillé, et que proposer à la place

Le trotteur, ou youpala, n'est pas interdit à la vente en France, mais il est déconseillé par les professionnels de santé et interdit dans les lieux d'accueil des jeunes enfants. Cette fiche explique pourquoi, et ce qu'on peut proposer à la place.

Fiche publiée le 6 min de lecture

Bas d'un escalier en bois avec une barrière de sécurité fermée, un chariot de marche en bois rangé contre le mur, tomettes au sol

Le trotteur n'est pas interdit à la vente en France, mais il est déconseillé : il expose le bébé à des chutes graves, notamment dans les escaliers, et il n'aide pas à apprendre à marcher. Il est d'ailleurs interdit dans les crèches et chez les assistantes maternelles, et sa vente est interdite au Canada depuis 2004.

Cette fiche fait partie de la famille Sécurité et entretien. Elle explique ce que disent les autorités, les risques documentés et les alternatives pour accompagner les premiers pas.

Ce qu'est un trotteur

Le trotteur, aussi appelé youpala, est un siège suspendu dans un cadre posé sur des roulettes. Le bébé, assis, touche le sol avec la pointe des pieds et se propulse en poussant. Il se déplace ainsi avant de savoir se tenir debout ou marcher seul.

Il ne faut pas le confondre avec le chariot de marche, qu'un enfant qui tient déjà debout pousse devant lui avec les mains, ni avec le centre d'activités fixe, qui ne roule pas. Ces deux objets n'ont pas les mêmes risques.

Interdit ou pas ? Ce que disent les textes

En France et dans l'Union européenne, le trotteur est autorisé à la vente. Il doit respecter la norme européenne EN 1273, qui fixe des exigences de stabilité et impose des avertissements. Selon le site public Santé.fr, la norme fait figurer l'avertissement suivant : « Les trotteurs ne sont pas des dispositifs d'apprentissage de la marche ».

Toujours selon Santé.fr, la Commission de la sécurité des consommateurs a rendu en 2004 un avis recommandant la vigilance et l'arrêt de l'utilisation dès que l'enfant prend de la vitesse ou commence à marcher. Les contrôles de la DGCCRF relèvent encore régulièrement des anomalies, en particulier sur l'étiquetage et la lisibilité des avertissements.

En France, les trotteurs sont interdits dans les crèches et chez les assistantes maternelles. Les professionnels de la petite enfance n'en utilisent donc pas.

Ailleurs, certains pays sont allés plus loin. Le Canada interdit depuis 2004 la vente, l'importation et la publicité des trotteurs pour bébés. Aux États-Unis, l'American Academy of Pediatrics demande depuis longtemps l'interdiction de leur fabrication et de leur vente.

Les risques d'accident

Le danger tient d'abord à la vitesse et à la portée que le trotteur donne au bébé. Un enfant qui ne se déplace pas encore seul se retrouve capable de traverser une pièce rapidement, sans savoir freiner ni évaluer le danger.

Les accidents se ressemblent. On retrouve presque toujours :

  • la chute dans un escalier, de loin la plus grave ;
  • le basculement quand une roulette bute sur un tapis, un seuil ou un câble ;
  • le choc contre un mur ou un meuble, et la chute d'objets attrapés au passage ;
  • les brûlures, quand le bébé atteint une casserole, une tasse chaude ou une plaque de cuisson ;
  • l'accès à des produits ou objets dangereux posés en hauteur, hors de portée d'un bébé au sol.

Santé.fr cite une étude du service de pédiatrie de la faculté de médecine de Strasbourg, menée au début des années 2000, selon laquelle les trotteurs seraient responsables de plus de 40 % des traumatismes crâniens chez les enfants de moins de 12 mois, tous liés à des chutes dans les escaliers. Les barrières d'escalier ne suffisent pas toujours : un trotteur lancé peut les heurter et les forcer.

Une difficulté s'ajoute : l'adulte a tendance à relâcher son attention quand le bébé est « installé » dans son trotteur, alors que c'est précisément le moment où il devient le plus mobile.

L'effet sur l'acquisition de la marche

Le trotteur ne fait pas marcher plus tôt, et rien ne montre qu'il favorise le développement moteur. Dans le trotteur, le bébé ne porte pas tout son poids, ne travaille pas l'équilibre, et avance souvent sur la pointe des pieds. Il ne voit pas ses pieds, et n'apprend pas à tomber : les réflexes de protection, qui le feront mettre les mains en avant en cas de chute, ne s'exercent pas.

La marche se construit autrement. Le bébé passe par des étapes qu'il atteint seul : se retourner, ramper ou se déplacer à quatre pattes, se hisser contre un meuble, longer les meubles, lâcher une main, puis faire ses premiers pas. Chaque étape renforce les muscles et la coordination nécessaires à la suivante. Le trotteur court-circuite ce parcours sans rien apporter en échange.

Les professionnels de la motricité libre citent souvent transats et trotteurs ensemble comme des équipements qui maintiennent le bébé dans une position qu'il n'a pas choisie. Le trotteur ajoute à cela un risque d'accident propre.

Pourquoi le trotteur reste populaire

Si le trotteur est déconseillé, pourquoi en trouve-t-on encore partout en Europe ? D'abord parce qu'il rend un service réel aux parents : il occupe le bébé, qui semble ravi de se déplacer, pendant que l'adulte fait autre chose. Ensuite parce qu'il a longtemps été présenté comme une aide à la marche, et que cette idée persiste d'une génération à l'autre.

Il y a aussi une impression visuelle trompeuse. Un bébé dans son youpala a l'air de marcher : ses jambes bougent, il avance, il se tient droit. Mais c'est le siège qui porte son corps, et ses pieds ne font que pousser. Le geste ressemble à la marche sans en avoir la mécanique.

Enfin, beaucoup d'utilisations de trotteurs se passent sans accident, ce qui entretient l'idée que le risque est théorique. Les accidents graves restent rares à l'échelle d'une famille, mais les études hospitalières citées dans cette fiche montrent qu'ils ne le sont pas à l'échelle d'un pays, et leur gravité, surtout dans les escaliers, justifie la prudence des pédiatres.

Pour le développement de l'enfant, rien n'est perdu à s'en passer. Le développement moteur suit son cours avec du temps au sol, et l'enfant apprend à marcher sans aucun équipement.

Que proposer à la place

Pour accompagner les premiers pas, le plus utile ne coûte rien : du temps au sol et un espace aménagé.

Avant que l'enfant ne se mette debout, un tapis d'éveil ou une simple couverture au sol lui permet de se retourner, de ramper et de passer à quatre pattes. Des objets placés un peu hors de portée lui donnent envie d'avancer.

Quand il commence à se hisser, il a besoin de meubles stables et lourds : canapé bas, pouf ferme, table basse fixée. Les étagères et commodes se fixent au mur. Il longera ces meubles, puis lâchera une main, puis les deux.

Quand il tient debout seul quelques instants, un chariot de marche lesté, assez lourd pour ne pas partir en avant, lui permet de pousser en marchant. La fiche sur le chariot de marche explique comment le choisir. Une chaise de cuisine ou un carton rempli de livres poussé sur un sol non glissant font aussi l'affaire.

Les jeux de cette période sont décrits dans la fiche sur les jeux pour un enfant d'un an, et le parcours de motricité donne des idées d'installations simples.

La maison d'un enfant qui se déplace

Quel que soit l'équipement, l'arrivée des déplacements change la sécurité de la maison. Escaliers, fenêtres, prises, angles de table, produits ménagers, médicaments, piles bouton : tout ce qui était hors de portée d'un bébé couché devient accessible. La fiche sur les piles bouton détaille un risque souvent sous-estimé.

Les jouets eux-mêmes doivent respecter les règles applicables aux moins de 3 ans, résumées dans la fiche sur les normes des jouets.

Pour la suite

D'autres fiches de la famille Sécurité et entretien traitent des risques domestiques courants : les normes des jouets pour comprendre le marquage CE, et les piles bouton pour un danger qu'on ne voit pas venir.

Ce que les parents demandent

Le trotteur est-il interdit en France ?

Non, sa vente reste autorisée en France et dans l'Union européenne, à condition de respecter la norme européenne et de porter des avertissements. En revanche, il est interdit dans les crèches et chez les assistantes maternelles, selon le site Santé.fr. Au Canada, la vente, l'importation et la publicité des trotteurs sont interdites depuis 2004.

Le trotteur aide-t-il bébé à marcher plus tôt ?

Non. Le bébé avance en poussant sur la pointe des pieds, sans travailler l'équilibre ni la coordination nécessaires à la marche. La norme européenne impose d'ailleurs un avertissement rappelant que le trotteur n'est pas un dispositif d'apprentissage de la marche.

Quelle différence entre un trotteur et un chariot de marche ?

Le trotteur porte le bébé dans un siège entouré d'un cadre à roulettes : il avance sans tenir debout seul. Le chariot de marche se pousse avec les mains par un enfant qui se tient déjà debout. Le second n'a pas les mêmes risques, à condition d'être stable et lesté.

Un trotteur est déjà à la maison : que faire ?

Le plus simple est de ne pas l'utiliser. Si vous le gardez, réservez-le à de courts moments, sous surveillance constante, dans une pièce sans marche, loin de la cuisine, avec les escaliers fermés par une barrière. L'arrêter dès que l'enfant prend de la vitesse fait partie des recommandations de la Commission de la sécurité des consommateurs.

Interroger une IA à partir de cette fiche

Lire la fiche en texte brut

Le lien ouvre l'assistant choisi avec la question déjà écrite. Premiers gestes ne transmet aucune donnée.

D'autres gestes à explorer